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Pratique de Cochem et tribunal de la famille - faut-il les opposer ?

Lundi 17 octobre 2022, hasard du calendrier, paraissait dans le Matin un article d'Eric Felley, qui s'intéresse manifestement au sujet de la protection de l'enfance, puisqu'il a répétitivement écrit sur ce thème.


Le voici :

https://www.lematin.ch/story/pourquoi-un-tribunal-de-la-famille-simpose-en-suisse-446467298094


Hasard du calendrier car, le lendemain, en déplacement en Allemagne, je me préparais, au nom de Coparentalité Responsable, le Mouvement Suisse, à rencontrer l'initiateur de la pratique de Cochem, le juge Jürgen Rudolph.


Y a-t-il réellement une opposition à faire, comme le suggérait l'article mentionné en lien, entre tribunal de la famille et ce qu'on nomme régulièrement chez nous protocole de Cochem ? Ce protocole est-il efficace en cas de haut conflit ?


J'ai profité de notre entrevue pour poser à Me Rudolph les questions soulevées dans mon esprit par l'article du Matin.


Aujourd'hui, j'ai appelé Monsieur Felley, malheureusement pour moi occupé par une conférence de presse, et je lui ai écrit le contenu de mon article du jour, que toute personne touchée, personnellement ou professionnellement, par le sujet du divorce lorsque des enfants sont présents, trouvera sans doute informatif. Je vous laisse le découvrir.



Monsieur Felley,


Je rebondis sur votre article du 17 octobre 2022, paru dans Le Matin et dont le titre était « Pourquoi un Tribunal de la famille s’impose en Suisse », que j’aurais voulu commenter en ligne. Malheureusement, au moment où j’ai désiré le faire, l'espace pour les commentaires ne le permettait plus.


J’ai rencontré hier, mardi 18 octobre 2022, Monsieur Jürgen Rudolph, à Koblenz où il officie actuellement, dans le cadre d’un déplacement privé que je faisais, avec mon époux Pascal, vice-président du MSCR, à Cochem, en Allemagne. Monsieur Rudolph est le juge qui a mis sur pied ce qu’il recommande de nommer « la pratique de Cochem » (et surtout pas, selon lui, « le modèle de Cochem », parce qu’il s’agit de construire ensemble une pratique, de manière dynamique et adaptative ). Jürgen Rudolph a développé, appliqué et expérimenté pendant 16 ans cette pratique à Cochem. J’ai résumé pour vous la teneur de votre article et Me Rudolph s’est grandement étonné du fait qu’on puisse dire que cette pratique ne convienne pas aux situations de haut conflit. Selon lui, la pratique de Cochem convient spécialement à ces situations-là. Monsieur Rudolph regrette que le mot « modèle de Cochem » soit utilisé régulièrement en travestissant ce qui fait le cœur de cette pratique. Il pense que ceux qui recourent à cette dénomination, ignorent parfois de quoi ils parlent exactement.


Je ne peux pas vous envoyer la vidéo de notre interview, qui dure plus d’une heure et qui a été réalisée en allemand. J’aurai besoin d’une aide technique, à laquelle je vais recourir, pour la scinder en plusieurs capsules et il va également me falloir du temps pour traduire le tout, en français d’abord, puis en anglais.


Au fur et à mesure, je publierai sur les réseaux sociaux du Mouvement Suisse pour la Coparentalité Responsable, dont je suis la présidente, ces différents extraits.


Je continue avec des réflexions personnelles, qui font totalement écho à mes échanges avec le juge Rudolph. On ne peut pas dire que la pratique de Cochem est « basée » sur le recours à la médiation. La médiation en est l’un des outils. La pratique de Cochem requiert une intervention rapide, soit une réaction judiciaire, suite à une séparation, qui intervienne si possible dans les quinze jours. Elle requiert également une formation adaptée et continue de tous les intervenants, qui, hélas, est quasiment inexistante à ce jour, soit chez nous soit dans d’autres pays.


C’est la raison pour laquelle je suis allée me former en Belgique à l’intervention en hauts conflits familiaux. Le certificat en hauts conflits familiaux s’adjoint celui d’accompagnement à la parentalité, parce que ses concepteurs pensent qu’une intervention pertinente, basée sur les réels besoins de l’enfant, ne peut que faire fusionner les deux. Cette approche permet les conseils (ce à quoi la médiation générale non seulement ne recourt pas mais qu’elle interdit à ses praticiens). Elle peut également avoir lieu lorsqu’une situation de violence a préexisté, en prenant certaines précautions. Elle responsabilise les parents, ce qui est ce à quoi tend chaque intervenant dans la pratique de Cochem.


L’intervention précoce tue en quelque sorte dans l’œuf tout germe qui pourrait se transformer en haut conflit. Par la suite, si une approche de médiation échoue, bien sûr, on ne peut que recourir à ce que le juge Rudolph nomme une « pression », que celle-ci soit exercée, selon les pays, en recourant à la loi ou à différentes contraintes du type « mesures de protection », qu’on peut alors appliquer lorsqu’on considère qu’un parent qui persiste à entretenir un conflit ne peut que nuire à son enfant.


Le MSCR pense, comme le juge Rudolph, qu’il n’est pas pertinent d’opposer pratique de Cochem et tribunal de la famille. Dans notre interview d’hier, il nous a dit ne pas trouver indispensable la mise sur pied d’un tel tribunal (ce que recommande notre association). En revanche, il nous a affirmé trouver indispensable la mise sur pied de formations adaptées pour chaque intervenant au sein de cette pratique (que, de son côté, le MSCR aime nommer « la coopération ordonnée »).


Ceci laisse à penser que, bien sûr, avoir un tribunal de la famille déboucherait sur le fait que moins de juges et autres intervenants du domaine judiciaire devraient bénéficier d’une telle formation. Comme pour les approches psychothérapeutiques, comme pour la médiation, comme pour un accompagnement des familles, on peut être généraliste ou se spécialiser. Se spécialiser garantit toutefois qu’on a davantage de temps à consacrer à un domaine précis.


Une approche adéquate des hauts conflits, ainsi que celle de l’exclusion ou de l’aliénation parentale, sont essentiellement contre-intuitives. On doit régulièrement intervenir, en réalité, à contresens par rapport à ce qui nous viendrait spontanément à l’esprit. Ainsi, par exemple, il ne fait pas sens de faire entreprendre une thérapie à des conjoints qui divorcent, au moment même où ceux-ci doivent, chacun à leur rythme, parvenir à apprendre à continuer leur vie séparément.


Je vais m’arrêter là tout en vous remerciant pour votre article qui soulève le fait que, toujours, un divorce est un drame, pour les enfants d’abord, et qu’il y a lieu d’en tenir compte. Si l’aspect social du divorce n’est plus stigmatisant, d’un point de vue personnel, il en va tout autrement.


Isabelle Vuistiner-Zuber

Fondatrice et actuelle présidente de Coparentalité Responsable, le Mouvement Suisse

Intervenante en hauts conflits familiaux et accompagnante à la parentalité

Médiatrice lors de divorces

Membre du Parental Alienation Study Groupe

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